Big Fish

Après le succès plus que mitigé de son remake de La Planète des Singes, Tim Burton se devait de revenir à une histoire plus personnelle, faisant appel à son sens aigu de la poésie. Si Big Fish va dans ce sens, c’est pour mieux sublimer les œuvres les plus audacieuses de son auteur, allant jusqu’à déverser un raz de marée de lyrisme et d’onirisme. En s’appuyant sur un schéma narratif proche de celui des récits homériques, Burton s’applique à conduire son film à la frontière de deux univers, celui de García Marquez et de son réalisme magique et celui de la littérature américaine du XIXème, dans la plus pure tradition des romans de Mark Twain.

Big Fish

Hommage émouvant à une époque et à un monde au bord de l’oubli, le nouveau film du réalisateur aux mains d’argent devient, par la générosité qui s’en dégage, une œuvre à la fois innocente et mature, une fable humaniste. Il délaisse ses personnages acidulés pour se concentrer sur l’aspect positif de chacun d’eux, comme si La Planète des Singes prenait à la vision de ce gros poisson un nouveau sens, comme s’il marquait le passage d’une vision à une autre, celle de son auteur face au monde qui l’entoure.

Adaptation du roman éponyme de Daniel Wallace, Burton s’ajuste à son nouveau rôle de père et se place comme le narrateur à part entière de son film. Désormais adulte, le cinéaste hyperbolise chacune des péripéties de son personnage et joue sans concession avec les figures de style. Parce qu’il ne perçoit plus la mort avec la même légèreté qu’avant mais plus comme un drame familial, le cinéaste donne à son film le caractère intimiste nécessaire pour rendre possible la filiation et le lègue. En portant un regard nouveau sur le personnage de Will Bloom (Billy Crudup) au seuil de l’âge adulte, qui accepte son futur rôle de père et d’homme, Tim Burton joue avec subtilité sur la forme parabolique de son récit. De la vie à la mort, il pose comme thématique centrale celle de la postérité et de la peur de l’oubli. Ainsi, le vieux Bloom et ses histoires, aussi excentriques soient-elles lui permettent d’appartenir à ces hommes uniques, vivant à travers leurs contes.

Burton développe une mise en abyme de l’univers du conte, générant en son sein une merveilleuse quête de soi pansant les plaies de personnages incompris. En voyant la figure paternelle s’évanouir avec l’âge, pour ne finalement redevenir qu’un homme possédé par son passé, il place son film comme une véritable réflexion sur les actes manqués entre un père et son fils.

La musique de Danny Elfman participe pleinement à l’envergure nostalgique et magique des récits, en alternant savamment les thèmes lyriques et les plages à connotation folklorique. Il laisse à l’Alabama tout une part de mystère et de joie qui se rapproche à bien des égards de l’univers de Forrest Gump.

…They live on him, and in that way, he becomes immortal.

Le voyage initiatique du jeune Edward Bloom permet à Burton de laisser libre court à son imagination et ainsi renouer avec ses thématiques et son esthétique d’entant. Ainsi, le film prête à sourire tant il ressemble dans son prologue à Edward aux Mains d’Argent et permet à Burton de mieux s’emparer d’un sujet qui, à la base, n’était pas le sien. Même en parsemant d’embûches le parcours initiatique du jeune héros, le cinéaste arrive à en extraire l’essentiel, et ainsi à sublimer une histoire d’amour proche de celle d’Ulysse et de Pénélope. Mais c’est aussi dans sa représentation du village de Spectre, ville fantôme inscrite dans l’oubli, elle aussi, que Burton retrouve les quartiers populaires des années 50 du même Edward aux Mains d’Argent ou de Ed Wood. Avec comme différence, et pas des moindres, celle de la rencontre de l’univers de García Marquez, tant son petit village semble s’inscrire dans une même esthétique et une même représentation d’un mode de vie que celui de Macondo dans Cent Ans de Solitude.

D’arbres baroques en orages cataclysmiques en passant par un florilège de personnages hauts en couleurs, (du géant aux saltimbanques tous sortis d’un film de Fellini), Burton ne se prive à aucun moment pour nous livrer une œuvre hors du commun, jusqu’à son final des plus émouvants et des plus symboliques qui soit. C’est les yeux chargés de larmes et le cœur gros que l’on ressort DU chef d’œuvre de son auteur, avec pour seule envie celle de le revoir, encore et encore, jusqu’à ce que le film devienne, lui aussi, sa propre légende.

Nous aurions souhaité avoir un long documentaire sur le film, ou encore une piste musicale isolée en 5.1, nous devrons nous contenter de suppléments solides mais quelque peu convenus.

– Commentaire audio du réalisateur sous la forme d’une interview passionnant, qui confirme que Big Fish est de loin son oeuvre la plus personnelle.
– Featurettes sur les acteurs agrémentées d’extraits de tournage.
– Featurettes sur Tim Burton ponctuées elles aussi d’images de tournage.
– Deux mises en avant des effets spéciaux du film.
– Entretiens avec le romancier Daniel Wallace et le scénariste John August qui abordent le travail d’adaptation au cinéma.
– Quizz.
– Fonction « follow the white rabbit » qui reprend les featurettes déjà disponibles dans la section suppléments du disque.
– 11 Bandes-annonces.

Malgré une très forte luminosité donnant lieu sur certains plans à une suraccentuation des contours, elles sont époustouflantes. Le rendu des couleurs et les noirs (abyssaux) rendent parfaitement justice à la photographie de Philippe Rousselot. Une féerie pour les yeux.

Anglais Dolby Digital 5.1 :
Encodée à 448 kbps, la piste anglaise possède un rendu sonore tout aussi exceptionnel que l’image. Les effets sont biens placés, les voix parfaitement retranscrites et la majesteuse partition de Danny Elman ressort avec une belle dynamique sur les 5 canaux principaux.

Français 2.0 Dolby Surround:
Encodée logiquement à 192 kbps, cette dernière possède bien moins d’envergure que son homologue US. Cependant elle fait son travail correctement, même si elle pert beaucoup en intensité et notamment en ce qui concerne la retranscription de la bande originale. (Piste française semble-t-il).

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